Toucher avec le regard, c'est déjà entrer dans l'univers singulier de l'autre.  Découvrir le monde sensible de la matière glissant vers le vivant, c'est prendre le chemin d'une trace laissée par une pensée.  C'est s'engager dans une aventure comme acteur capable de s'inscrire dans l'imaginaire vers l'inconnu.  J'ai ressenti cette sensasion à chaque fois que le marbre dévoilait sa structure, sa nature singulière.  En privilégiant le travail du marbre noir, je me suis trouvé mêlé à l'infini, une matière formée en 360 millions d'années, et, confronté au respect, de tirer de cette matière un rêve insensé, une image de la vie, parmi le groupe universel, dans un langage commun, intemporel, entraînant à l'aventure éphémère ceux qui, prenant leur temps, infime vivant, curieux, acteurs anonymes, font une histoire simple.  Une histoire qui, alimentée d'émotionnel, d'amour, de luttes, d'espérance, raconte le destin que l'on se fixe comme cette masse noire, compacte et monolithique, support infiniment petit, inscrit dans un temps et basculant dans le fragile présent.  Nous ne connaîtrons pas l'aboutissement de l'histoire, tout au plus nous aurons choisi les mots, décidé des traces laissées.  La pierre, sculpture, est pour moi un objet immortel, où je place une réflexion parmi le travail de la terre, de l'ouvrier de la carrière, des machines d'extraction, de manutentions.  c'est côtoyer la blessure de la masse qui se déplace, de la caresse du visiteur, spectateur, acteur, exaltant de cette manière, l'humanité solitaire et collective dans laquelle nous évoluons.  Il n'y a pas de recherche formelle spécifique, d'une esthétique pédagogique, pas plus de volonté à moraliser, mais, avec humilité, d'exprimer l'énergie féroce de la vie, et du désir d'en jouir sans contrainte, sous toutes ses formes, avec toutes les fantaisies imaginables, pour le seul plaisir d'avoir été.
Le marbre noir de Mazy (Belgique), pour parler de l'intériorité, monde clos, secret, enveloppé par sa surface, espace visible stigmatisé par le geste et de parties polies, intensément noires, donnant accès par transparence au monde clos, carré poli comme une fenêtre dévoilant le coeur refuge de l'imaginaire.
Le marbre blanc, pour les tranches, ou les arêtes, par où la lumière passe, traversant à la lisière du monde clos.  Pareil à la feuille de papier, la surface est une écriture diaphane.
La couleur parce que c'est une tranche de l'espace décomposé pour mieux organiser une logique, dans un espace éclaté, il y a présence humaine, ou plus précisément humanité, de celle qui nous éloigne du barbare par exigence de pensée libre.
Ecriture parce que c'est la forme la plus ambivalente et complète de notre diversité.

Richard Flament, professeur d'art et d'architecture.
Zéno Flament, jeune curieux.